Transmettre et parler la langue régionale avec son enfant au quotidien

Cet article est à l’attention des « regionaux parlants »: ceux qui la parlent et l’utilisent couramment dans leur quotidien: si je me permets de faire un article dessus, c’est que j’ai constaté que la transmission de la langue aux enfants comme langue quotidienne n’est pas chose évidente.

Vous allez me répondre: mais un militant va certainement transmettre à son enfant la langue en lui parlant naturellement dès son plus jeune âge. Il y croit! Et bien non! Détrompez-vous! J’en connais un certain nombre et peu sont ceux qui parlent occitan par exemple à leur enfant. Cela démontre que finalement, la transmission de la langue régionale n’est pas chose aisée même dans les milieux militants.

Nous allons essayer de voir d’où vient cette difficulté voire ce blocage pour certains et de trouver des solutions à cela aussi.

Je vois plusieurs raisons mais ce ne sont que des suppositions:

  • L’appréhension de transmettre une langue minorisée (il y a des préjugés qui restent au fond de soi malgré sa conviction propre)
  • Des habitudes avec son partenaire, l’échange linguistique se fait en français et donc la langue minorisée passe à la trappe. Fatigant, destabilisant.
  • Le fait aussi que l’on ait appris la langue régionale à l’école et non par une transmission familiale fait que la transmission précoce ne se fera pas naturellement et l’on attendra de l’institution qu’elle fasse cet apprentissage.
  • Et aussi il faut être super méga RIGOUREUX et solide face à une situation linguistique minorisée et donc vraiment peu stimulée au quotidien. (voire moquée parfois)

Or, il me semble triste que la langue régionale ne soit pas transmise par les parents dès la naissance lorsque c’est possible. Une langue c’est affectif avant tout! Comme dit la campagne de communication de l’Office public de la langue Occitane en ce moment: « L’Occitan ça se parle et surtout ça se vit ». Et bien c’est exactement ce qu’il faut faire avec vos enfants: la vivre en la parlant.

Pour cela, par expérience propre, voilà quelques pistes qui pour moi ont réussi pour le moment:

Dès leur naissance, je n’ai jamais parlé français à mes enfants. Je me disais (et me dit toujours): c’est leur culture, leur langue. Je leur transmets, je souhaite qu’ils aient leur vie avec. Après ils en feront ce qu’ils souhaitent mais au moins ils auront des racines solides.

Mes premiers mots à leur « sortie » ont été en Occitan. Et ce moment clef, magique, est important! Votre cerveau branche automatiquement le lien langagier entre vous et votre enfant. Beaucoup de barrières langagières invisibles et muettes tombent déjà. Excusez ma comparaison mais c’est comme le premier regard chez un poussin vers la maman: à la sortie de son oeuf, le premier individu qu’il voit devient « sa maman ». Il détermine le lien affectif qui se nouera ensuite.

Dans le quotidien: ne jamais s’adresser en français. Si vous voulez faire baigner votre enfant et le rendre bilingue: une seule chose, ne jamais « flancher ». Vous pouvez vous adresser aux autres en français mais avec votre enfant, c’est votre langue affective qui parle, vous êtes le référent langagier. Cela ramène une certaine égalité dans la diglossie ambiante. La langue affective est ausi importante que la langue en société. Quand ma fille me demande: « Maman pourquoi tu ne parles qu’Occitan?  » je lui réponds que c’est ma langue. Je parle aussi français mais ma langue à moi c’est l’Occitan. Le fait de montrer à votre enfant que malgré la diglossie ambiante, vous ne flanchez pas montre qu’il faut être fier de sa langue même si elle est minorisée.

Vous êtes le référent langagier: au début, ce n’est pas aisé car vous êtes souvent sollicité autour en français: parler français à son conjoint (ou pas d’ailleurs), au livreur, au magasin, revenir sur la langue régionale quand vous vous adressez à votre enfant puis aussi se prendre les remarques du style: « tu lui parles toujours comme ça? »  » elle comprend? » (d’ailleurs je trouve cette remarque complètement débile). A cela, je réponds: je ne leur parle jamais français. L’occitan est ma langue et la leur aussi ». Cette rigueur du quotidien (surtout quand vous êtes le(la) seul(e) à le parler en famille est difficile mais cela paie je vous le garantis! Les premiers mots de mes enfants furent en Occitan et j’en ai encore les larmes aux yeux quand j’y pense.

Aux remarques du genre: « tu peux parler français je ne comprends pas quand tu parles à ton enfant », « petite, je ne comprends rien dis le en français », ou moqueries bêtes (genre je répète en baragouinant ce qu’a dit l’enfant.) J’interviens de suite: « je m’adresse à ma fille dans ma langue, c’est une conversation entre elle et moi. je vous traduis ensuite ou la petite le fera. », Je traduis discrètement quand je peux ou anticipe ce que je vais dire à l’entourage avant de m’adresser à mes enfants en Occitan (à ma belle-mère doucement: « je vais les appeler pour manger Martine: « anem en taula dròlles! ») Pour le baragouinage histoire d’être drôle devant les gens, je m’adresse à ma fille en souriant: « Tu sais il ne parle pas Occitan, ça le gêne alors il fait l’idiot un peu ». (tout ça en occitan bien sûr)

Du coup, la question du conjoint(e) arrive: mon mari a appris l’occitan avec la vie de famille, en voyant nos enfants grandir. On en revient à cette phrase: « L’Occitan ça se parle et surtout ça se vit » Une langue s’apprend grâce au bain de langue quotidien. Avec les progrès de nos enfants en Occitan, mes conversations quotidiennes avec eux seulement en Occitan, il a intégré des mots, des phrases pour aujourd’hui le parler couramment. Pas tous les jours, mais des mots sont devenus rituels, automatiques. Devant mes enfants, je lui parle Occitan, il comprend tout. Il me répond en Français et parfois nous avons même des petites conversations entières en Occitan avec nos enfants ou tous les deux.

Votre enfant parlera majoritairement français: oui, lorsque l’environnement direct est francophone. Lorsqu’on ne peut pas le mettre en calandreta ou autre lieu de vie d’enfant en Occitan, son choix « facile » va tourner autour du français. Vous serez le(la) seul(e) à parler. Ce n’est pas grave! Continuez! On s’en f….l’important c’est qu’il ait son référent qui ne flanche pas. Ma fille de 5 ans parle parfaitement occitan, me répond en français (avec des mots d’Occitan dedans) mais sait parfaitement que je ne lui répondrais qu’en Occitan. Lorsqu’on est toutes les deux bien « baignées » dans la langue, elle ne parle qu’Occitan. Lorsque nous avons des amis occitanophones elle parle occitan: la langue existe pour elle, elle a sa place et joue son rôle de communication quotidienne: c’est gagné!

Je dois m’arrêter là, mon article commençant à s’allonger…J’espère qu’il aidera au moins à convaincre, persuader ou tout simplement rassurer! Alors dernière phrase, occitanistes: Vivez la langue, ça je sais que c’est fait mais MILADIU parlez là à vos enfants!

Publicité

Suivre mon enfant en classe bilingue régionale

Chers parents,

Beaucoup de parents d’élèves viennent me voir en début d’année surtout avec deux questions :

  • Comment vais-je faire pour suivre sa scolarité?
  • Et comment partager avec mon enfant cette nouvelle culture? (pour les parents non initiés)

Ce petit article vous permettra, je l’espère, de trouver des réponses rassurantes et enrichissantes!

Comment vais-je faire pour suivre sa scolarité?

Soyez rassurés, vous n’êtes pas les seuls à vous poser ce genre de questions. Celle du suivi est tout à fait pertinente même si, plus les mois de classe défileront, plus vous verrez que cette inquiétude restera loin derrière vous.

Une grande nouvelle: pas besoin de savoir parler la langue! Le bain de langue assuré par le professeur permet à l’enfant d’apprendre assez rapidement. Nous autres, professeurs bilingues, restons normalement très strictes sur la place de la langue dans le vécu de classe afin d’assuer une immersion efficace et complète. Les documents ne seront pas traduits en français si la compétence est travaillée en Occitan. Cependant, votre enfant va élaborer de nombreuses aptitudes dont celle de vous expliquer, et plus tard de vous traduire. Alors, pas de panique, vous aurez le plaisir de le voir vous faire la classe 🙂 et cela constitue pour votre enfant un excellent exercice que celui de réexpliquer une compétence. S’il peut vous décrire les éléments essentiels de la leçon, c’est un 20/20 assuré!

Parfois, en maternelle, l’on a envie de voir les progrès de son enfant dans la langue nouvelle. Aux sollicitations parentales:  » Parle-moi en Occitan! Comment dit-on cela en Occitan? » les enfants ne préfèrent pas répondre.

A cela, deux possibilités: la première est que pour un enfant de PS surtout, il lui est difficile de traduire terme à terme. L’assimilation de la nouvelle langue se fait par bain linguistique naturel, autour de la vie de classe, de phrases rituelles. Ces mots que vous aimeriez entendre sortir de sa bouche viendront spontanément en relation avec un moment vécu en classe, Une chanson ,une comptine. D’ailleurs, vous verrez, sorti du contexte-classe, les premiers mots d’Occitan (ou autre langue régionale) que vous dira votre enfant spontanément seront les chansons et comptines apprises. Une porte de chambre ouverte, vous l’entendrez fredonner les quelques mots appris…Mais laissez-le venir à vous, laissez lui d’abord s’approprier la langue dans son quotidien. Il sera ainsi à l’aise, et viendra tout seul vous chanter ou vous raconter quelques anecdotes truffées de mots en Occitan. De plus, certains enfants aiment avoir cette « avance » sur vous. C’est leur jardin secret, un lieu « immatériel » dans lequel aucune remarque (positive ou négative) de votre part n’est possible puisque vous ne connaissez pas la langue.

Comment partager cette nouvelle culture avec mon enfant?

J’expliquais juste avant que suivre la scolarité de l’enfant ne nécessitait pas d’apprendre et de maîtriser soi-même la langue à fond. Mais derrière une langue régionale c’est aussi toute une culture qui s’exprime à travers votre environnement direct: l’histoire locale, la toponymie, la musique, la danse, les traditions, bref la vie autour de votre domicile. Si cela vous intéresse beaucoup et vous fait plaisir de la découvrir à travers un cours de langue pour adultes c’est super, et encore plus bénéfique pour l’enfant car vous utiliserez la langue dans votre quotidien familial. Mais nous ne sommes pas toujours disponibles pour cela . Cependant, partager une culture c’est la vivre avec votre enfant: soyez curieux, sortez voir des bals, des concerts, des manifestations occitanes, cuisinez les recettes faites en classe en essayant d’utiliser le vocabulaire (faites vous aider par votre enfant), achetez les albums lus en classe, écoutez de la musique, chantez en famille les chansons apprises en classe.

Rien que cela et vous verrez les effets que cela portera sur l’apprentissage et l’ouverture d’esprit de votre enfant!

Tableau de programmation – maternelle

Adishatz,

Voici un tableau vierge afin de remplir vos compétences maternelle par période en fonction des langues de communication. Toutes les compétences du programme sontécrites, vous n’avez plus qu’à préciser!

Je vous laisse le format modifiable, ainsi vous pouvez l’aménager selon votre niveau de classe.

tableau vierge PROGRAMMATION

 

Bilinguisme régional – Pour un bain de langue optimal spécial maternelle: le rôle de l’ATSEM (4)

Adishatz,

Un article supplémentaire pour mettre en lumière un acteur indispensable dans une classe de maternelle et qu’on oublie trop souvent: l’ATSEM.

Ce bras droit qui vous suit et qui accompagne les enfants dans tous les moments de vie de classe. Lui aussi va permettre un bain de langue régional et sera votre continuité d’apprentissage indispensable lorsque vous n’êtes pas disponible.

Il existe plusieurs situations lorsqu’on ouvre une classe de maternelle bilingue: soit l’ATSEM est volontaire, soit elle est rattachée à la classe de base et se retrouve sans le vouloir dans cette filière.

Dans le premier cas, c’est super car elle est motivée! Souvent, d’après mon expérience personnelle, les ATSEMs volontaires ont un lien avec la langue. (elles l’avaient étudiée au collège, quelques membres de la famille le parlent ou bien elles connaissent quelques mots, ont une conscience de la culture régionale). C’est un lien affectif qui sera bénéfique aux élèves. L’ATSEM prendra donc plaisir à apprendre elle (ou lui) -même du vocabulaire et à le transmettre aux enfants. Dans ce cas-là, chers professeurs, apprenez et donnez un maximum d’outils de vocabulaire, de phrases rituelles qui lui seront utiles.

Dans le deuxième cas: parfois ça passe et c’est au professeur de former votre bras droit en rassurant. Parfois ça casse et aucun effort n’est fait. Cette situation est problématique. Car pour l’élève, l’ATSEM est aussi important que le professeur. Dans la vision d’un enfant, c’est une équipe de travail. Si le professeur parle occitan et que l’ATSEM ne souhaite pas parler, alors la situation diglossique reprend le dessus. Le travail de mise en place du bain de langue fait par le professeur peut être complètement détruit. Et pour le professeur, c’est le double d’effort pour garder « l’ambiance linguistique ».

Dans la vie quotidienne:  il est indispensable d’au moins d’utiliser des mots-clés de la vie de classe en langue régionale : bonjour, au revoir, allons aux toilettes les enfants!, bonne sieste! (Le premier mot échangé du jour lance la couleur de la journée! Si l’ATSEM acceuille les familles avec un « ADISHATZ », alors le bain de langue commence là pour les enfants!)

Exemple de situations: pour les appeler aux toilettes, pour mettre les chaussures, des comptines pour patienter, pour dire au revoir et bonjour, pour s’habiller, se laver les mains etc.Des expressions telles que: « bota las cauçuras », « seita-te! », des injonctions diverses…

Pendant les ateliers semi-dirigés, l’ATSEM doit se centrer sur le vocabulaire que doivent apprendre les enfants: un jeu de dés où il faut compter les constellations? ATSEMS, si vous ne voulez pas faire d’efforts ou que cela vous fait peur de vous lancer, concentrez-vous sur le vocabulaire des chiffres. (certainement l’objectif lexical du professeur en plus de celui de mathématiques) N’hésitez pas à demander une fiche de vocabulaire à l’instit que vous garderez sous les yeux pendant l’atelier. Je vous mets le lien vers un livret de vocabulaire fait pour vous: quasèrn de vocabulari ATSEM

Mesdames et messieurs les ATSEMS, imprégnez-vous de la langue, découvrez-la et vous prendrez tout autant de plaisir à l’apprendre que les enfants. Si le professeur est rigoureux dans la parité des langues, et qu’il est suffisamment « charismatique » dans la transmition de la langue régionale, il n’est pas nécessaire de parler couramment. Cependant, si vous connaissez des phrases rituelles, des mots du quotidien, alors là vous permettez une continuité d’apprentissage et la mise en place d’un bain de langue optimal!

Pour un bain de langue optimal en classe: (3) : que fait le professeur?

Adishatz!

Après avoir aménagé votre classe, vos apprentissages dans l’année et la période, place à la posture du professeur, clé dynamisante et motivateur du bain de langue pour les enfants.

Comment introduire la langue régionale dans les apprentissages? Dans la vie quotidienne de l’école? Comment motiver l’enfant à parler spontanément? Comment rassurer l’enfant qui n’ose pas se lancer? (pour les élémentaires surtout)

Voilà quelques conseils :

  • Croire profondément en ce que l’on enseigne: la langue régionale est aussi importante que la langue française: dans votre gestion du bilinguisme, que cela soit dans les apprentissages programmés ou votre posture langagière, il ne faut pas minimiser la langue régionale. Soyez fier de la langue que vous transmettez. Pensez toujours que dans un contexte diglossique, la langue dominée est mise logiquement en second même inconsciemment, mais elle a sa place à l’égale des autres.  Si les élèves ressentent que vous-même vous placez la langue régionale au deuxième rang (donc moins sérieux), alors il n’y aura pas de bain de langue pour eux. L’effet sera celui plutôt d’une initiation ou d’une « option ».
  • Ne mélangez surtout pas les 2 langues de communication: comme je l’ai expliqué dans l’article précédent, il faut absolument éviter que la langue dominante apparaisse dans les créneaux réservés à la langue régionale. Cela vaut pour la programmation des apprentissages mais aussi à l’oral et dans la vie quotidienne de classe. Le professeur ne doit surtout pas passer au français si ce n’est pas le moment. Le bain de langue serait détruit et l’élève n’aurait aucune raison d’apprendre cette langue puisqu’il sait que vous pouvez répondre en français. Si l’enfant ne comprend pas: mimer, montrer, théâtraliser, périphraser mais ne passez pas au Français! De même qu’en récréation, ou autre moment de la vie de l’école (cantine, sieste etc.) si vous êtes en journée « occitane », il est très important de leur parler occitan.  Ainsi pour l’enfant, le message est clair : cette langue est celle de votre quotidien, elle fait partie de votre identité : il n’est pas qu’un objet d’étude de classe. Cette langue se vit!
  • Et si l’enfant répond en Français : Il s’agit dans ce cas là, pour le professeur, de maîtriser l’art de la répétition. Vous désirez qu’il redise sa réponse en Occitan sans prononcer l’éternelle phrase sentencielle: « Il faut me le dire en Occitan! » ? (pour certains, ça peut bloquer) C’est simple: répétez en Occitan la phrase produite par l’enfant, comme si vous n’aviez pas entendu, sur le ton d’une question:

Cas 1: dans une séquence d’apprentissage de maternelle: nous sommes dans un jeu pour PS où il faut choisir un pion de couleur.

-Regenta: « E que vòles causir coma color? »

-Escolan: « je veux le rouge »

-Regenta: « e vòles lo ROTGE? »

-Escolan: « oui je veux le ROTGE ».

(pour les PS, mon objectif est d’abord de sortir le mot « rotge », pour les MS/GS je demanderai la phrase complète)

Cas 2: en récréation chez des élémentaires:

-Escolan: « Regenta, est-ce que je peux aller aux toilettes? »

-Regenta (dab una sonrisa amistosa) : « Perdon? On vòles anar? »

-Escolan: « Je peux aller aux toilettes? »

-Regenta: « E vòlas anar aus COMUNS es aquò? »

-Escolan:  » Oui… »

-Regenta: « Ahah! Si fèt plan segur! Mes me lo pòdes díser en Occitan, ic sabes díser de segur  »

– Escolan: « ne sabi pas… »

-Regenta: « Te vau ajudar: « E pòdi anar aus comuns t’en prègui? » a tu de jogar!

L’escolan répond enfin et là, surtout félicitez-le!

  • Mettre en place des rituels de langage: ils sont d’une efficacité redoutable! il en faut partout : pour commencer la journée, la terminer, pour changer de matière…en maternelle j’ai un chant rituel pour chaque moment (les toilettes, l’entrée en classe, la fin de la journée, la sortie en récréation, la sieste etc.) et en élémentaire, j’ai une comptine « magique » pour changer de langue (avec une question rituelle en suivant posée à chaque élève: e parlas Occitan òc o nani? ÒC, parli occitan Regenta, o NANI ne parli pas Occitan (ils ont le choix, l’important est qu’il rentre dans la langue en répondant en Occitan)
  • Jouer sur la musique de langue : si vous souhaitez que l’élève retienne du vocabulaire, jouez sur la musique de langue. Cette dernière se traduit notamment par les accents toniques, le ton de voix utilisé ou encore les sons marquants (en occitan par exemple: le R apical, le H aspirée a pas mal de succès, les diphtongues, un assemblage des deux etc.). Vous verrez, l’enfant sera charmé par la façon dont vous prononcez le mot ou la phrase et il le retiendra immédiatement. Et le réutilisera la prochaine fois sans faute! C’est un peu comme quand on s’étonne d’un copain qui a une certaine manière de dire tel ou tel mot: c’est rigolo mais n’empêche qu’on le retient et le réutilise ensuite parce qu’il a impacté l’oreille de sa musique.

    Un exemple de  mots qui percutent bien en classe: « shau! »(attention), « sho! » (shut), « cadut » (tombé), « minjat » (mangé), « va plan/va mau », « dròlle, dròlleta », « acabat » (terminé)…

  • Votre réaction face aux interventions extérieures: Il est très important d’entendre le moins possible de Français en temps d’Occitan. (Je pense qu’après cette série d’articles, vous aurez compris que c’est mon cheval de bataille 😉 ) Mais parfois, vous êtes en pleine séance de travail, et il se peut que des personnes extérieures entrent dans votre classe et viennent vous parler devant les élèves en pleine journée dédiée à l’Occitan (exemple: la directrice qui vous interrompt en rassemblement, une ATSEM de la classe à côté qui vous demande du matériel?) Ce n’est jamais mal attentionné de leur part mais il suffit de cela pour que votre bain de langue tombe à l’eau!                                                                                                     Selon la situation je réagis différemment:  soit je réponds en Occitan tout en mimant et la personne comprend. Soit elle ne comprend pas du tout et là je viens échanger avec elle à l’écart des enfants.  
  •  vous êtes coupée pendant une séance de groupe ou en rassemblement: les enfants attendent de voir comment vous allez réagir linguistiquement. En général, je réponds en Occitan, montrant ainsi aux élèves que je ne changerai pas la règle de vie de classe. (cela permet de montrer encore que l’Occitan est aussi important que le Français) Parfois, si la personne ne comprend pas ma réponse, je demande à un enfant de traduire ce que je dis. Si cela ne marche toujours pas, en tout dernier lieu, je demande aux enfants s’ils me donnent l’autorisation de parler Français exceptionnellement.

  • Une personne rentre et déclame un grand « BONJOUR »: je réponds de suite « ADISHATZ », et demande aux enfants de dire « ADISHATZ ». (je rappelle que je ne parle pas français, tout cela dit dans la langue régionale) Ainsi, le nouveau venu comprend que nous ne sommes pas en Français et, souvent, en réponse aux élèves, il finit par répondre lui aussi en Occitan. Sur ce, je lui précise, pour ne pas le vexer, que nous sommes en journée Occitane et qu’il est nécessaire d’entendre le moins de Français possible.

  •  – Besoin  de transmettre des consignes: lorsqu’il me faut transmettre des infos à l’ATSEM par exemple, je lui demande de ne pas parler trop fort et de converser à l’écart des enfants. (à mon bureau ou dans un coin de la classe)

 

Pour un bain de langue optimal en classe! (2) :Aménager le temps et les apprentissages

Dans ce deuxième article de cette série nommée: « pour un bain de langue optimal en classe », nous allons aborder des thématiques qui concernent le professeur: la programmation et l’emploi du temps de classe.

En effet, l’aménagement de classe amène le bain visuel de la langue mais l’aménagement du temps et des apprentissages apportera aux élèves:

  • le bain auditif , musical
  • une stimulation langagière bien structurée et régulière qui leur permettra de pouvoir se lancer oralement dans la « deuxième langue ».
  1. L’emploi du temps: le principe d’une classe bilingue est la stricte égalité entre les deux langues dans les apprentissages et la communication. Ce qui se traduit en classe notamment par  la stricte parité horaire entre les deux langues. Ainsi votre emploi du temps doit être organisé de telle façon que l’enfant aura le temps de s’imprégner auditivement de la langue et de pouvoir s’exprimer, d’oser parler.     – En maternelle, je fais un jour alterné Occitan/ Français: Lundi en Occitan, Mardi en Français etc. (si vous êtes à 4 jours et demi, alternez aussi un mercredi en Occitan, le suivant en Français) Il faut bien une journée entière pour que l’enfant s’imprègne de la langue.                                                                                                               – Pour l’élémentaire, à partir du CE1, j’organise la parité plutôt par demi-journée. (car les apprentissages demandent de la régularité) Mais en veillant que les matinées, moments phares de la journée (car souvent on y privilégie les enseignements « importants ») soient partagées aussi entre les 2 langues. Et ce fonctionnement n’est pas compliqué à suivre pour les enfants dès lors que vous vous y tenez rigoureusement et que vous affichez l’emploi du temps avec les couleurs correspondantes. Pour l’apprentissage de la lecture en CP, certains préfèrent mettre le français à l’honneur quitte à enlever du temps en Occitan car il faut « faire lire » chaque jour. Oui je suis d’accord sur ce dernier point mais pas au détriment de l’apprentissage de la lecture en Occitan. Vous pouvez tout à fait faire travailler les mécanismes de lecture en Occitan: la plupart des sons sont identiques au Français (si vous n’avez pas terminé en temps de Français, privilégier dans le temps d’Occitan l’étude des voyelles comme le A, le I, des consonnes comme M,N,T etc. en plus de l’apprentissage des sons spécifiques à l’Occitan) et vous pouvez travailler des compétences comme la lecture de syllabes, les petites dictées etc.
  2. La programmation: il est très important de ne pas travailler au même moment un même apprentissage dans les deux langues ! Le français, langue « plus facile » pour l’enfant prendrait le dessus sur l’apprentissage de l’autre langue. Inconsciemment bien entendu, l’élève comprendra que le vocabulaire appris en Occitan, par exemple, n’est que secondaire et fera bien moins d’effort pour s’exprimer dans la langue régionale  même si vous avez mis en place « le bain de langue » (rituels, aménagement spatial etc.) . Veillez donc:
  • à alterner les apprentissages dans les deux langues:                                                     – En maternelle, prévoir une séquence spécifique sur les couleurs en OC en période 1 et en Période 2, vous l’étudierez en FR. Attention, cela n’empêche pas d’en parler à l’occasion dans des apprentissages transversaux. Mais l’étude spécifique des notions doit être alternée!                                                                                                          – En élémentaire, une même séquence ne doit pas être étudiée dans les deux langues. Vous décidez de travailler sur la préhistoire en Occitan? Alors vous vous y tenez jusqu’au bout et ne la traiterez pas en Français.
  • Réfléchissez aux notions intéressantes à aborder dans l’une et l’autre langue: Lorsque vous planifiez vos apprentissages entre les 2 langues, pensez à ce que peut apporter déjà l’environnement de l’enfant pour éviter de perdre du temps et de faire des doublons. Pensez également aux priorités d’apprentissages en langue régionale.                                                                                                                                        – En maternelle, l’on privilégie l’apport de vocabulaire et surtout de vocabulaire du quotidien. Dans mes programmations, je choisis des thématiques en langue régionale que leur environnement langagier ne pourra pas leur apporter.                Un exemple de situation: j’étudie les formes géométriques en Français car les noms des formes se ressemblent fort entre Occitan et Français. J’en parlerai à l’occasion d’une conversation ou d’une lecture d’albums en Occitan mais je n’en ferai pas une séquence particulière. Par contre, le vocabulaire des lieux de l’école, celui des couleurs, des nombres, je l’étudierai spécifiquement en Occitan, car je sais que ce vocabulaire là leur sera précieux pour leur acquisition de la langue. Et je sais que les enfants l’apprendront en français naturellement avec les autres acteurs de l’école, dans leur famille…des lieux où je n’interviens pas directement. De plus, l’enfant fait des ponts langagiers naturellement ente les deux langues.                          – En élémentaire, je partage les matières: l’étude de la langue française reste bien sûr en français, mais je prévois une partie « étude de la langue occitane » dans mes demi-journées en Occitan où j’y étudie toutes les spécificités de la langue: grammaire, conjugaison, vocabulaire spécifique. Je prévois également une partie culture occitane et régionale que j’incorpore, grâce à la transversalité des matières, dans l’Histoire et l’Histoire des Arts. (dans ce cas précis, vous avez compris que ces dernières matières citées se feront en temps d’Occitan)

documents exemples: (excusez la simplicité des documents, ce sont de simples notes et supports de mes jeunes années d’instit bilingue)

exemple de : SEMAINIER LANGUE DE COMMUNICATION

exemple programmation Maternelle avec code couleurs: Programmation période 3 MS

exemple de programmation CE1/CE2 : Programmation CE1

 

 

Pour un bain de langue optimal en classe! (1) : aménager sa classe

Adishatz,

Vous connaissez mon « engagement » dans la mise en place d’un bain de langue en classe, élément indispensable pour que l’élève puisse parler spontanément et naturellement. Ainsi, vous aurez sur LAGASTINA une série d’articles pour vous aider à mettre en place  dans votre classe ce fameux « bain linguistique ». aujourd’hui: l’aménagement de la classe.

  • Aménagement de sa classe (murs, coins, jeux, affichage…)
  1. Adapter ses affichages: un code couleur pour chaque langue.

Il est important, surtout en maternelle, de relier visuellement une langue à un affichage de couleur spécifique. En effet, les enfants ne sachant pas lire à ce niveau, c’est un moyen de mettre en place un repère et un « cadre langagier ». Dans mes classes de maternelle, chaque affichage, chaque fiche d’évaluation, chaque fiche de travail ou compte-rendu de sortie à coller dans le cahier de vie sont imprimés sur un support de la couleur correspondante à la langue. Pour ma part, je fais avec des feuilles de couleur jaune pale pour l’occitan et bleu pale pour le français. (Mais le choix de la couleur varie en fonction des goûts! 😉 )

Pour les affichages « généraux »:en maternelle, les affichages des lieux (coin dinette, toilettes, jeux etc., ou pour les pages de garde en élémentaire, je mets les 2 langues surlignées de la couleur correspondante. En voilà un exemple : cartetas una jornada a l’escola mairau

Ainsi les enfants visualisent et différencient beaucoup mieux le travail fait en occitan et celui effectué en français. Le déclic langagier se fait alors: demandez à un enfant de PS de vous dire ce qu’est l’image sur un affichage lié à l’occitan et il vous sortira les mots appris automatiquement en Occitan. L’inverse est vrai en français aussi. Mais quasiment aucun ne vous sortira la traduction en Français d’un affichage en Occitan et vice-versa. Mais cela se fait à condition de ne pas mélanger les thèmes: ne surtout pas enseigner une même thématique en même temps en français et en occitan.  (nous sommes en situation diglossique donc le français l’emportera toujours)

Hormis les mots aux parents que je fais en bilingue (et pas qu’en français!), tout le reste est écrit dans la langue étudiée à ce moment. Pas de bilinguisme. Une sortie en Occitan? Le compte-rendu sera en Oc. (et pas de traduction pour les parents. Les enfants leur expliquent très bien et les photos souvent parlent d’elles-mêmes). Un anniversaire sur un jour en français? Le texte sera en français.

  1. Aménager sa classe:

Un bain de langue se concrétise aussi avec l’aménagement de l’espace quotidien. Vous n’avez souvent qu’une seule pièce pour deux langues. Etant en situation diglossique, je le rappelle, il est important d’aménager sa classe avec des endroits spécifiquement dédiés à l’une ou l’autre langue car sinon la langue dominante prendra le dessus.(dans notre cas le français) Ces coins spécifiques permettront de mettre l’enfant dans « l’ambiance linguistique ». Prévoyez:

  • un mur dédié à l’affichage en occitan, un mur pour les affichages en français.
  • des coins jeux où vous mettez en « libre service » les jeux travaillés en Occitan ou en Français mais surtout bien séparés. (il peut s’agir d’un meuble ou d’une étagère avec des bacs d’un côté pour les jeux en OC et de l’autre en Français, identifiés par leur code couleur bien entendu). Après, rien ne les empêche de jouer à un jeu fait en Français alors que vous êtes en Occitan. Mais il est certain que si un élève vous demande de l’aide ou autre, cela se fera dans la langue de communication du jour.
  • pour les plus grands (CE1 et au-delà): la répartition des matières entre les deux langues apporte déjà cet aménagement linguistique. Cependant, si vous avez une matière qui se fait dans les deux langues (je pense aux mathématiques par exemple où quelque fois l’on fait la géométrie en Français et la numération en Occitan): réutilisez le code couleur pour imprimer les affichages.
  1. En maternelle, au canton:

Le canton est le premier lieu de vie de classe où l’enfant démarre sa journée. Il s’agit donc de  l’endroit « phare ». Le lieu où « l’ambiance linguistique » est introduite. Il est donc important de bien organiser cet espace.

  • L’emploi du temps, calendrier ou semainier: ils sont: soit différents selon la langue (j’en profite pour leur faire manipuler 2 semainiers ou calendriers  d’organisation différente) , soit les couleurs correspondantes aux langues sont visibles pour chaque jour (voir photo ci-dessous). Le ton est ainsi donné inconsciemment: « Aujourd’hui, nous parlons occitan et le maître ou la maîtresse ne parlera pas français. Et nous, nous allons apprendre des mots en Occitan. »
  • Sortir les chansons ou affichages de la veille faite dans l’autre langue: par exemple, je colle habituellement au tableau du canton, les chansons apprises ensemble. Lorsque nous sommes en Occitan, j’enlève les chansons faites en Français la veille et je ne laisse que celles apprises en Occitan. Et vice-versa. Ainsi, nous nous mettons tous ensemble dans le « bain ».
  • Les cartes météo et autres outils pour les rituels: ici encore 2 choix possibles: soit vous avez un jeu imprimé dans chaque langue avec son code couleur, soit un même jeu de cartes mais vous mettez bien en évidence le bilinguisme avec l’écriture des mots surlignée de la couleur correspondante à la langue. (pour cette dernière option, un rituel d’entrée dans la langue peut aider avant de lancer ces rituels quotidiens: une chanson, une comptine, une mascotte de classe) ⇒ voir article: cartetas meteò

 

Apréner a parlar occitan dab lo jòc dau memòri

Adishatz,

En héser ma purmèira sedença sus « Vira vira petita còca » dab mons GS, me pertoquèri de l’ajuda plan « granassa » dau jòc dau memòri. E me dishori que seré plan de li balhar un beroi omenatge dens un articlòt.

  • L’ajuda màger dau jòc de memòri per apréner a díser frases simples en occitan:

Com héser per apréner aus dròlles a parlar dab espontaneitat frasas de la vita vitanta? Un memòri !!

Vau tornar préner l’exemple de ma sedença sus « Vira vira petita còca »: se debanèt dab una analisi de la cubèrta de l’albòm dab los dròlles puish legiri l’istoèra. En seguir, hasorim un memòri qu’avèvi saus personatges de l’istoèra. Mes me pertoquèri de qué los imatges amuishavan mei escenas de l’istoèra que non pas los personatges en eths medish. Los dròlles comencèran de comentar las cartetas dau memòri dab frasas en francès: « Tiens, c’est la carte de la còca qui s’en va » / « tu as tiré la carte du lop qui veut minjar la còca« .

Me dishori: lo vocabulari daus personatges l’an ja. Adara fau anar mei lunh, vam apréner a comentar las cartetas dab frases. E chic a chic, hasorim un memòri de frases. E son frasas que pòden tornar usar dens la vita vitanta de la classa. (nòste tribalh n°1 en lenga occitana ! )

jo:  » As tirat la carta de: « lo lop vòu minjar la còca« . on es l’auta? ». Important: A cada carta, tornar díser la frasa ligada (qu’avètz soscada abans plan segur) dinc au moment on los dròlles ic hen solets.




Aqui lo materiau usat prau memòri: imatges vira petita coca

las frasas (dau haut dinc au baish, de man esquèrra a dreita)

– la vielha amuisha la còca a la vielh/ la còca es caduda de la hinestra / la còca vira, e vira, e vira…

– lo conilh vòu minjar la còca / lo lop vòu minjar la còca / l’ors vòu minjar la còca

– lo gopil vòu minjar la còca / lo gopil minja la còca.

  • Tribalhar los temps en occitan:

Podetz tribalhar tanben los temps dab un jòc de memòri. Guardam l’amuisha de « Vira vira petita còca ». Dab las cartetas on se vei lo gopil dus còps, podetz jogar dab lo cambiament d’accion: « lo gopil vòu minjar la còca » // « lo gopil minja la còca ». Ic podetz héser dab un memòri ligat a la cronologia d’una istoèra que tribalhatz en classa ad aqueth moment. En mei de tribalhar la lenga, d’un costat mei generau, tribalhatz la cronologia d’una istoèra.

  • Lo jòc de memòri per apréner vocabulari especific:

Coneishetz segurament mon amor dau memòri per apréner mots especifics en occitan. Per cada tematica, ic hèsi un. Aquèth jòc nos mena a la repeticion, a l’espontaneitat dau parlar e aquò en tot jogar !

L’étude de la langue occitane en classe bilingue

Je rappelle que cet article est une vision personnelle de l’enseignement bilingue et qu’en aucun cas elle n’impose quoi que ce soit.

Depuis que j’enseigne en classe bilingue, je m’aperçois d’un phénomène chez certains enseignants en langue régionale : l’étude de la langue régionale est fréquemment dévalorisée par rapport au français. Souvent on assiste à « Pourquoi faire en occitan ce qu’on fait déjà en français? » Et lorsqu’il faut aborder des sujets de langue, des matières « sérieuses » comme la lecture, on le fait en français directement. Et la langue régionale s’arrête à : on danse, on chante, on parlote…un peu de maths car ça n’est pas trop politisé et voilà c’est mignon quoi!

Parfois j’ai même l’impression que les objectifs d’une classe bilingue ne sont pas les mêmes pour tous: Veut-on une classe où l’on enseigne à parler couramment chacune des deux langues paritairement, faire revivre une culture ou bien préfère-t-on une classe de sensibilisation ?

A première vue, je pensais qu’il s’agissait encore de la honte de parler « patois ». Je me suis aperçue  aussi que parfois cela va même  jusqu’à s’excuser ou à « se cacher » d’enseigner leur langue…

Je vais vous donner quelques exemples entendus pour comprendre cela. Les remarques rapportées ici ne sont pas toujours dites négativement mais elles font remonter à la surface des questions auxquelles je crois il faut répondre pour désarmorcer cette « minimisation » de l’enseignement de notre langue régionale face au français et qui peut à la longue nuire à sa bonne transmission.

Bien entendu je rappelle qu’il s’agit de mon avis personnel construit  à partir de ma formation et de mon expérience en classe.

  •  » Pourquoi enseigner la phonologie occitane en GS alors qu’en travaillant la lecture en français au CP les enfants peuvent quand même lire en occitan après ? »

Et pourquoi pas l’inverse? Pourquoi enseigner la lecture du français avant celle de l’Occitan?  réponds-je souvent. Il est vrai que le français et l’occitan ont de grandes similitudes et notamment dans les sons. Mais, cependant, pour moi, travailler la phonologie occitane est primordiale et ce pour 2 raisons :

– la première est qu’elle montre à l’élève que la langue occitane (ou les autres langues régionales) a son identité propre. Elle n’est pas « inférieure » et mérite qu’on y passe autant de temps que pour le français. Dans ma progression en phonologie en occitan, je ne travaille avec les GS que les sons vraiment spécifiques à l’occitan et qui n’existe pas en français. L’enfant comprend ainsi que pour chaque langue, il y a des caractéristiques phoniques propres.

– la deuxième raison est que dans l’occitan, il y a des sons spécifiques qui n’existent pas en français et donc leur étude précoce va permettre de conscientiser et faire travailler l’enfant à la pluralité des sons dans les langues et à affiner son oreille. L’apprentissage du principe alphabétique sera en plus facilité au CP (contrairement à ce que peuvent penser certains, il s’agit de gymnastique d’esprit !)

  •  » L’enseignement de la lecture ne doit se faire qu’en français en CP quitte à prendre du temps sur l’occitan »

Sur ce point je ne suis absolument pas d’accord.

En arrivant en CP, l’enfant bilingue (pas juste sensibilisé!) a compris qu’il existait un principe alphabétique et que pour le français ou l’occitan il s’organisait de la même façon. (pour une lettre ou la fusion de plusieurs lettres précises= un son) L’étude la phonologie en GS aura permis également de repérer déjà que pour l’une ou l’autre langue, il existe des sons propres à chacune mais aussi des sons communs. Et à la fin de la GS, les élèves sont parfaitement capables de lire des syllabes en français et en occitan, en pointant du doigt les spécificités et les similitudes. (par exemple: en français, la lettre « o » se prononce « o » et en occitan » ou » mais le « a » se prononce de la même manière dans les deux langues)

A mon sens, d’un point de vue sociologique: prendre du temps d’apprentissage de lecture en français sur le temps de l’occitan est malheureux. Tout d’abord, on minimise encore l’occitan face au français: le message passé est: « étudie le français d’abord et le patois ensuite, c’est plus important ». (ce qui n’est pas le but d’une classe bilingue à mon avis). Les apprentissages sont paritaires et égaux et c’est important de le respecter. J’en reviens aux mêmes conclusions mais redisons-le: la langue régionale a autant de place qu’une autre langue.

De plus, d’un point de vue pédagogique, l’élève sait très bien séparer les deux langues dans sa tête. Si l’on ne souhaite pas traduire la méthode de lecture française en occitan, alors il suffit dans les jours dédiés à l’occitan, de créer des petits exercices de lecture adaptés au niveau des élèves (toujours avec l’idée de travailler sur les spécificités phonologiques). Ce qui est important dans l’apprentissage de la lecture est le déchiffrage du code, la compréhension du mécanisme de lecture. Qu’elle soit faite en 1, 2 ou 3 langues, l’élève doit comprendre que pour une lettre, il existe des sons correspondants qui peuvent différer d’une langue à l’autre. Si l’élève ne le comprend pas avec deux langues, il ne le comprendra pas forcément avec une seule langue.

  • « Pourquoi être rigoureux dans les temps de communication entre les langues dans une classe bilingue? »

Cette question concerne surtout les enseignants fonctionnant en classe bilingue et non en section. Pour ceux qui travaillent en section, la présence seule du professeur montre le changement et impose la langue de communication. Et pour l’enseignant, le contrat est là: vous êtes là pour parler dans la langue régionale.

Pour ceux qui travaillent en classe bilingue, la rigueur est encore plus de mise car vous êtes le seul référent pour les deux langues !

Pour en revenir à la question, je répondrai : cela dépend de votre objectif global dans la transmission de la langue régionale. Pour ma part, dans ma classe de maternelle, je souhaite que mes élèves quittent la GS en parlant occitan spontanément et naturellement. (C’est en réponse à la question posée en introduction)

Et pour cela, il faut une chose évidente: un bain de langue !

Si vous changez toutes les heures de langue de communication, l’enfant communiquera avec vous en français car  vous ne lui laissez pas le temps de s’imprégner et de se lancer. Si vous changez d’idiome trop souvent,  il n’aura pas le temps de s’ancrer dans la langue régionale et d’assimiler les savoirs. C’est comme pour un adulte: le meilleur moyen d’apprendre une langue est d’en être imprégné !

Par contre, si vous respectez les jours, et que vous vous y tenez bien, plusieurs éléments vont se passer: l’élève verra que parler la langue régionale est pour vous tout aussi naturel que le français :  donc elle a tout autant de valeur. Il se lancera plus facilement car il voudra vous imiter. De plus, le bain de langue que vous aurez mis en place tout au long de la journée permettra à l’enfant de se fondre dans les sons, le vocabulaire et pourra réutiliser les mots appris dans ce contexte. Vous aurez également le moyen de demander à l’élève de vous parler occitan : « Non, c’est le jour en occitan, essaye de me le dire tout seul. Si tu ne sais pas je t’aide » (vous prendrez soin de le dire en Occitan)

Il est important également, mais cela je l’ai déjà dit je pense dans un article précédent, d’éviter d’enseigner la même thématique dans les deux langues en même temps: dans un contexte diglossique, la langue dominante est la plus facile  pour l’enfant car il est constamment en contact avec elle dans sa vie quotidienne. Pour l’autre langue (dans ce cas là la langue régionale), seul le professeur est locuteur. Donc si vous étudiez un thème de vocabulaire en occitan par exemple (et un autre différent en français) l’élève aura le temps de le réutiliser grâce aux jours dédiés spécifiquement à la langue occitane. Il ne sera pas influencé par le français.

Si vous étudiez le même thème, alors l’enfant se tournera plus facilement vers le français pour vous répondre. Et l’imprégnation de la langue régionale se fera plus artificiellement et vous demandera beaucoup d’énergie pour l’amener à parler l’occitan spontanément.

Cet article fut long…J’espère néanmoins avoir été assez claire. Je ne suis pas linguiste, je n’utilise pas forcément le vocabulaire adapté mais je le dis avec le coeur, celui d’une « regenta » qui veut faire vivre et transmettre sa langue le plus sincèrement possible.

Adishatz ! A lèu !

Entrar dens la lenga occitana a la mairau: la PS

Aqui un articlòt a perpaus daus PS  en classa bilingüa occitana (o auta lenga regionau.)

  1. Faire entrer un enfant en PS en classe bilingue ce n’est pas toujours simple. D’autant plus que pour le professeur  (qui doit parler la langue régionale sans vasciller), gérer les pleurs des « pitchounets », la découverte de la collectivité pour certains et l’organisation de classe générale tout en parlant une langue qu’ils ne connaissent pas…on peut se sentir très vite dépassé. Et hop ! on décide de parler français comme ça on les traumatise pas plus (mais ça c’est un faux argument, c’est juste qu’en temps de crise c’est plus simple pour l’instit) Tout d’abord, les premières semaines, il faut parler occitan et ne pas céder à la solution de facilité. L’enfant ne comprendra peut-être pas le sens des mots exact mais il comprendra votre ton de voix, vos gestes. Soyez théatral, doux, jouez sur le visuel !! 🙂 Si vraiment vous le sentez perdu malgré vos gestes et vos mimiques, mélangez français et occitan. Mais surtout exprimez les mots clés en occitan et le reste de la phrase en français. Par exemple:

Regenta: « Tu veux aller har pishon aux toilettes? »

Escolan:  » non… »

Regenta: « Tu es sûr? Je t’accompagne har pishon aus comuns…là bas, tu les vois les comuns? C’est ici qu’on va faire pishon. Tu vois? »

Mais je vous conseillerai de ne pas en abuser car sinon l’enfant ne fera pas l’effort vraiment de rentrer dans la langue « nouvelle » s’il sait que vous parlez facilement le français.

2. De plus, j’ai pu constater depuis plusieurs années que l’oreille de l’enfant se sensibilise à la langue « nouvelle » en suivant une progression plutôt claire.

En PS: LES MOTS et les phrases rituelles

  • Les mots: L’enfant de PS n’a pas conscience des syntaxes de phrase ou autre forme de construction langagière. Par contre, il a bien compris qu’à un objet ou un fait est relié un mot. Et ce qu’il adore ce sont les mots liés à son quotidien: les vêtements, papa, maman, les toilettes, le corps, le dortoir, la cantine (et le menu ! )etc. A nous, instits occitans (ou autre langue régionale) de mettre l’accent sur l’apprentissage du vocabulaire du quotidien. (visez bien à utiliser toujours le même mot pour désigner tel ou tel objet sinon l’enfant est perdu et le dira en français car plus facile pour lui).

Petit conseil: choisissez des mots aux sons tendres, doux, rigolos, rythmés… succès garanti !  (les diminutifs et les accents toniques marqués sont particulièrement appréciés pour l’occitan)

  • Les phrases rituelles sont aussi importantes: il faut des phrases courtes, qui sonnent bien à l’oreille. N’hésitez pas à les chanter ! Dans ma classe, lorsque je souhaite donner une consigne longue, je la chante en appuyant sur les mots clés: l’enfant retient mieux lorsqu’il s’agit de musique qu’une phrase dite sérieusement. (et parfois dans le brouhaha de classe) Et pour chaque étape de vie de classe (le rangement, mettre son manteau, aller aux toilettes, aller en récréation, souhaiter bon appétit, bonne sieste)  nous avons une chanson attitrée en occitan. Résultat: l’enfant connaît des phrases dans son ensemble dans la langue nouvelle au bout de quelques mois de classe.

ATTENTION :  Il n’est pas dit qu’il faut parler français en classe et se focaliser sur les mots en occitan. Ne parlez jamais français en classe ou le minimum requis  car il faut montrer aux enfants que la langue que vous parlez est à l’égale du français et qu’elle est naturelle et quotidienne pour vous. On peut exprimer les mêmes choses en occitan, en breton, en basque, en corse, en alsacien, en créole qu’en français. (même aux atsems, je ne leur parle qu’occitan. Si elles ne comprennent pas elles viennent me voir discrètement)

Je m’arrête là car je pourrais vous en parler des heures…j’espère que mon discours n’est pas trop flou ! En espérant que vous ayez trouvé quelques réponses à des interrogations éventuelles ! 🙂

A lèu

Lagastina